Thomas Jefferson, la crise et internet

En temps de crise, il est de bon de ton, a défaut de proposer des solutions, de chasser les coupables et de trouver des héros.

Concernant ce que nous subissons depuis quelques mois déjà, les coupables semblent tout trouver : banquiers, traders et autres spéculateurs de tout bords… les politiques quant à eux, comme d’habitude, se rejettent la balle.

Les héros eux sont plus difficiles à dénicher. Alors quand une de ces perles rares nous tombe du ciel, tout l’internet reprend en chœur, sans même se donner la peine de vérifier… surtout s’il n’est plus là pour s’en défendre.

C’est ce qui arrive à ce pauvre Thomas Jefferson, 3ème président des États-unis de 1801 à 1809. Depuis quelques temps en effet les blogs et forums se font écho de propos que ce cher Thomas aurait adressé en 1802 à un certain monsieur Albert Gallatin, alors Secrétaire au Trésor :

Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis.

Ainsi, en une phrase ressortie du néant, de père fondateur de l‘Empire Capitaliste [1], Thomas Jefferson devient symbole de l’anti-capitalisme. Tout le monde reprend la citation sans chercher à en vérifier la véracité, même sur sa page Wikipédia : il l’a prédit, il le savait, personne ne l’a écouté…

… mais bien sûr…

Pourtant en 5 minutes de Google, on arrive rapidement sur une page du site Thomas Jefferson Encyclopedia, qui remet en cause, avec sources à l’appui, la pérennité de cette citation dont la première apparition daterait de… 1937 !

A méditer…

Notes

[1] N’y voyez là aucun anti-américanisme primaire de ma part.

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